Route Mandarine, infusion
On l’appelait la route mandarine, bien qu’aucune carte ne l’ait vraiment fixée, comme si elle appartenait davantage à la mémoire qu’à la géographie. Elle serpentait du Sud de la Chine jusqu’aux rives incertaines de l’embouchure du Mékong, lente, presque effacée sous la chaleur humide. On y marchait comme dans un rêve ancien, entre les vergers d’Annam et les terres rouges du Tonkin, où les arbres ployaient sous des fruits trop mûrs, ouverts au soleil, déjà presque en train de disparaître.
Il y avait dans l’air une douceur trouble, sucrée, pétillante, comme un souvenir d’enfance qu’on n’ose plus toucher. Les marchands passaient sans bruit, les visages inclinés, et l’on croyait entendre le froissement discret des soieries contre la poussière.
Rien n’y semblait durable, ni les amours, ni les saisons. Seulement cette lente dérive vers le sud, vers l’eau du fleuve, vers quelque chose qui s’éloigne toujours au moment où l’on croit l’atteindre.